Voyage vers le Golfe Persique : tendances et stratégies.
- Vivian

- 1 déc. 2025
- 6 min de lecture
La péninsule arabe est en train de passer du statut d’escale pratique à celui de destination incontournable pour les voyageurs français et européens. La région combine soleil quasi garanti, connectivité aérienne très dense avec l’Europe, investissements colossaux dans le tourisme et une palette d’expériences allant du city-break ultra-urbain au voyage nature et culturel.
En 2024, Dubaï, Abou Dhabi, l’Arabie saoudite et Oman ont chacun affiché des chiffres qui parlent d’eux-mêmes : des dizaines de millions de visiteurs pour certains, plusieurs milliards de dollars de dépenses pour d’autres, et une croissance qui surperforme de nombreuses destinations traditionnelles européennes. Pour un professionnel du voyage en France, le voyage vers le Golfe Persique ne peut être ignorer, dénigrer ce potentiel revient un peu à refuser une surclassement en business class “par principe” : c’est possible, mais difficile à justifier.

Émirats arabes unis : vitrines du luxe et des loisirs
Les Émirats arabes unis, et en particulier Dubaï et Abou Dhabi, sont la porte d’entrée naturelle du Golfe pour le marché européen. En 2024, Dubaï a accueilli 18,72 millions de visiteurs internationaux, soit une croissance d’environ 9% par rapport à 2023, consolidant sa place parmi les villes les plus visitées au monde. Une part significative de ces flux provient de l’Europe, soutenue par une connectivité aérienne très forte avec la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne et d’autres marchés émetteurs.
Abou Dhabi n’est pas en reste : le Department of Culture and Tourism (DCT) a enregistré environ 4,8 millions de visiteurs hôteliers en 2024, avec une hausse d’environ 26% de la clientèle internationale et près de 3,9 millions de visites dans les sites culturels et musées. Le pipeline hôtelier des Émirats dépasse la centaine de projets en cours, représentant des dizaines de milliers de nouvelles chambres, principalement dans le haut de gamme et le luxe à Dubaï et Abou Dhabi.
Côté produit, les Émirats permettent de répondre à plusieurs segments clés :
Loisir famille et couples : malls géants, plages urbaines, rooftop bars, desert experiences, hôtels 3* à palaces, parcs à thème et aquatiques (Motiongate, LEGOLAND, IMG Worlds of Adventure, Ferrari World, Yas Waterworld, Atlantis Aquaventure).
Business & MICE : infrastructures de congrès parmi les meilleures au monde, centres de convention modernes, hôtels business, programmes incentives “clé en main” pour la clientèle corporate européenne
Premium & luxe : forte concentration d’hôtels 5* et luxe, offres de services VIP, experiences exclusives, gastronomie signée et shopping haut de gamme.
Pour une agence ou un TO français, Dubaï et Abou Dhabi sont des destinations “multi-usages” : city-breaks de 3–5 nuits l’hiver, séjours famille autour des parcs à thème, combinés avec l’océan Indien, séminaires et incentives. En résumé, ces villes ne sont plus seulement les hubs de vos vols, mais aussi ceux de vos chiffres d’affaires

Qatar : petit territoire, gros potentiel
Le Qatar joue la carte du “petit mais costaud”, avec environ 5 millions de visiteurs en 2024 et une visibilité démultipliée depuis la Coupe du monde 2022. Doha s’affirme comme un hub culturel et événementiel où l’on trouve musées de rang mondial, skyline contemporaine, corniche en bord de mer et hôtels premium dans un périmètre compact, très apprécié des Européens pour des séjours courts.
Le pays a massivement investi dans son parc hôtelier, avec des milliers de chambres nouvelles ou rénovées, majoritairement positionnées dans le haut de gamme et le luxe. Le Qatar National Tourism Council et les acteurs locaux structurent une offre forte sur trois axes:
Culture & city-breaks : Museum of Islamic Art, National Museum of Qatar, quartiers modernes et sites culturels qui plaisent à une clientèle française urbaine, curieuse et sensible au design
Sport & événements : calendrier riche en tournois de tennis, compétitions de golf, événements de sports mécaniques et congrès, dans le prolongement de l’héritage Coupe du monde.
Voyage d'Affaire & MICE : centres de congrès modernes, hôtels business et support institutionnel pour les événements internationaux
Arabie saoudite : le géant qui change de visage
L’Arabie saoudite est sans doute la trajectoire la plus spectaculaire de la région. Le royaume a enregistré environ 30 millions de visiteurs internationaux en 2024, et plus de 100 millions de touristes au total (domestiques et internationaux), confirmant son basculement dans la catégorie des géants du tourisme mondial. Les dépenses touristiques ont dépassé 280 milliards de riyals saoudiens (près de 75–80 milliards de dollars), et la stratégie nationale vise 150 millions de visiteurs annuels d’ici 2030, avec un objectif de 10% du PIB venant du tourisme.
Historiquement porté par le tourisme religieux (Hajj et Omra), le pays diversifie son offre avec des projets phares comme NEOM, la mer Rouge et le développement d’AlUla, mobilisant des investissements cumulés de plusieurs dizaines de milliards de dollars. Le pipeline hôtelier dépasse les 300 projets et 80 000 chambres en développement, couvrant resorts de luxe, éco-resorts, urbains haut de gamme et produits d' "expérience".
Les opportunités pour le marché français s’articulent autour de plusieurs segments :
Tourisme religieux : flux massifs de pèlerins pour le Hajj et la Omra, avec un potentiel considérable pour les agences spécialisées et les TO capables de structurer des packages “clé en main” avec accompagnement.
Circuits culture & exploration : Riyad, Djeddah, AlUla et d’autres régions patrimoniales permettent de concevoir des itinéraires pour voyageurs curieux, en quête de destinations encore peu fréquentées.
Luxe et projets d’exception : séjours haut de gamme sur la mer Rouge, expériences exclusives à AlUla, nouveautés à NEOM, ciblant “Luxury Travelers” européens attirés par les premières mondiales et les concepts innovants
Pour un acteur français, c’est typiquement le marché où se positionner tôt permet de devenir “le spécialiste” avant que la concurrence ne se généralise. Avec de tels volumes, même les compteurs de visiteurs ont droit à une pause café.

Oman : le luxe discret, chiffres à l’appui
Oman joue une partition différente : celle de la nature, de l’authenticité et de la croissance maîtrisée. Le pays a accueilli environ 3,8 à 3,9 millions de visiteurs en 2024, après un record autour de 4 millions en 2023, avec plus de 2,3 millions de visiteurs enregistrés dès le premier semestre 2024. Le secteur touristique a contribué à plus de 2 milliards de rials omanais de valeur économique, illustrant le poids croissant du tourisme dans l’économie nationale.
La croissance des nuitées en hôtels 3 à 5 étoiles, estimée à environ 4–5%, montre l’appétit des visiteurs pour un tourisme de qualité, responsable et confortable. Oman attire particulièrement les Européens en quête de treks, wadis, désert, montagnes, villages traditionnels et littoral préservé, le tout accompagné d’éco-lodges et de boutique hotels bien intégrés au paysage.
Pour les professionnels français, Oman est idéal pour :
circuits accompagnés nature & culture
voyages sur mesure premium pour “repeaters” du Moyen-Orient
combinés Dubaï + Oman (city-break urbain + immersion nature). En somme, c’est la destination parfaite pour les clients qui veulent du désert, de la montagne, de la mer, peu de touristes…
Des segments bien identifiés pour structurer l’offre France → Golfe
Les données disponibles montrent que la croissance du Golfe repose sur plusieurs segments de clientèle clairement identifiables, particulièrement pertinents pour le marché français :
Voyage de Luxe : dans plusieurs pays du Golfe, plus de 40% de l’occupation des hôtels de luxe provient de clientèles internationales à fort pouvoir d’achat, dont une part européenne importante, attirée par les resorts 5*, les services VIP et les expériences exclusives.
MICE (Meetings, Incentives, Conferences, Exhibitions) : les voyages d’affaires, congrès et incentives représentent plus de 20% des revenus touristiques dans des hubs comme Dubaï, Abou Dhabi ou Doha, avec une demande forte en infrastructures modernes, accessibilité aérienne et qualité de service.
Loisir famille & parcs à thèmes : Dubaï, Abou Dhabi et le Qatar concentrent la majorité des parcs à thème, aquatiques et attractions familiales du Golfe, ce qui en fait des destinations naturellement alignées sur les vacances scolaires européennes.
Tourisme religieux : l’Arabie saoudite reste le cœur mondial du Hajj et de la Omra, avec des dizaines de millions de pèlerins par an, créant un potentiel significatif pour des offres packagées au départ de France
Culture & patrimoine :la montée en puissance de sites comme AlUla, des musées de Doha ou du Louvre Abu Dhabi renforce un segment “culture & city-break” pour des séjours de 3 à 6 nuits.
Nature & aventure : Oman, certaines régions d’Arabie saoudite et les espaces naturels du Golfe répondent à la tendance croissante du tourisme actif, responsable et en petit groupe.
Croisières : les ports du Golfe voient leurs flux de croisiéristes progresser de plusieurs points par an, avec des hubs majeurs à Dubaï et Oman et des excursions premium à la journée.
En combinant croissance soutenue, investissements massifs, segmentation claire et accessibilité depuis l’Europe, le Golfe apparaît comme l’une des opportunités les plus structurantes des prochaines années pour les acteurs français du voyage. Les destinations du Golfe offrent des volumes importants, des paniers moyens élevés, une forte appétence pour le premium et une capacité à fidéliser les clients via des revisites et des combinés multi-pays.
Pour les agences, TO, OTAs, TMC et spécialistes (croisière, pèlerinage, sur-mesure), la question n’est plus de savoir si le Golfe doit faire partie de la stratégie, mais comment structurer l’offre : par destination, par segment (loisirs, affaires, MICE, religieux, nature, luxe) et par niveau de gamme. Au fond, le Golfe a déjà mis la table : à l’Europe – et à la France en particulier – de s’asseoir et de commander le bon menu.



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